Après le terrible 'Sama'a' sorti en LP l’année dernière, ce nouveau disque de AHMED sort aujourd’hui en double cd toujours chez Otoroku et ce 'play MONK' est le deuxième et dernier album issu de la session d'enregistrement au studio 'Fish Factory' de Londres datée de début 2025. Benedic LAMDIN au son assure et le mastering de Andreas Lubich est tout aussi excellent.
Après six albums à réinterpréter l'œuvre de Ahmed ABDUL’MALIK, AHMED se tourne aujourd’hui vers le répertoire de Thelonious MONK, ancien camarade de MALIK. Ahmed Abdul-Malik a joué dans les quartets de Thelonious MONK à la fin des années 1950, participant à des enregistrements phares comme 'Thelonious In Action' (1958) et 'Misterioso' (1958), ainsi qu'à l'enregistrement plus récent du 'Thelonious Monk Quartet' avec John Coltrane au Carnegie Hall (2005).
Dans AHMED, j’aime Pat THOMAS et son piano complètement déglingué, il y a d’ailleurs quelque chose de MONK chez AHMED, ce toucher bien physique et ce doigté très puissant.. C’est souvent THOMAS qui donne le rythme, à sa manière, le sax de Seymour WRIGHT très souvent en rythmique appuie, appuie et appuie encore. Chacun des quatre musiciens d'ailleurs appuie dans le même sens, la basse de Joel GRIP, qu'on ne voit pas de manière ostensible, est pourtant bien là et en très grande forme, il se muscle les doigts comme jamais, tout autant d’ailleurs que la batterie appliquée d’Antonin GERBAL.
Pat THOMAS a déjà passé de longues heures en compagnie de MONK lors de ses différentes résidences et autres concerts au Café OTO de Londres (Otoroku est le label du Café OTO…) et on ne sait jamais jusqu’où ils vont appuyer. Cet effort commun a d’ailleurs un effet très étonnant sur la capacité de mon cou à initier un balancement comme dans un rock bien méchant. Il suffit juste d'écouter la demi-heure de l'énorme 'évidence' pour s’en rendre compte…
AHMED déconstruit MONK et le reconstruit à sa sauce. D'un vieux style jazzy bluesy, le sax s'exclame en tiret, voire en morse, il alterne les 'TI' et les 'TAAH' pour ceux qui parlent couramment le code 'morse', tandis que THOMAS commence le décalage rythmique depuis son piano.
Tout à coup le vieux jazz prend l'eau, il coule et renait transformé tel le Phénix. Sur 'Oska T’, une pluie de grincements commence à s'échapper, ca couine, et ca re-couine dans le sax à la manière d’un dandy punk d'un autre temps. Le sax de WRIGHT sur ce morceau est très fin, j'aime cette nonchalance et son langage décalé très reconnaissable.
D'une manière générale, si le style de Pat THOMAS vous transporte, la dissonance hypnotique de AHMED emporte tout le monde, les fulgurances apparaissent à force d’hypnotisme, l'auditeur commence à s'entortiller les mollets, AHMED est devenu fou et turbine comme jamais, il se fend de longues plages et on sent derrière toute la puissance d’un des plus beaux quartets de l'époque.
On m’a dit que Pat THOMAS avait quelques soucis de santé en ce moment mais croisons les doigts pour qu’il nous revienne en grande forme pour enfin pouvoir apprécier et sentir les perles de transpiration éclorent sur le front des musiciens en concert.
Pat THOMAS : piano
Seymour WRIGHT : alto saxophone
Joel GRIP : double bass
Antonin GERBAL : drums
Play Monk arrives in a gatefold, reverse board 2CD designed by Maja Larrson. Cover photograph of Thelonius Monk at Fisherman's Wharf in San Francisco in 1968 by Baroness Pannonica de Koenigswarter. Inside photographs of حمد [Ahmed] by Stefan Lacandler. Recorded and mixed by Benedic Lamdin on Saturday 1st and Sunday 2nd March, 2025 at Fish Factory Studios, London. Mastered by Andreas LUPO Lubich. Produced by Seymour Wright/OTOROKU.