Derek Bailey de Jean-Marc Montera (Lenka Lente 2019)

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J'ai découvert Derek Bailey avec son (premier) split avec les RUINS chez Tzadik le label de John Zorn dans les années 90. C'était pour moi, comme pour certains potes la découverte d'une porte d'entrée vers un trou noir, un machin attirant qui absorbait tout, répondant autant aux critères de la mise en danger qu'aux critères de musicalité décalée possiblement bien iconoclaste. On a su plus tard que ça s'appelait l'improvisation libre. C'est ce genre de disque qui te fait cogiter et qui, si tu pratiques un instrument, te donne de l'impulsion. Pourtant, la guitare dans le jazz, ce n'est pas mon truc, j'ai toujours eu du mal (pour moi qui vient du rock), les solos etc achhh non... alors qu'avec Derek Bailey, ca passait tout seul !!!

Le plus difficile, c'est de rester simple...

Jean Marc MONTERA est guitariste de son état, bien connu dans ce milieu de l'improvisation, accroché autant par l'électricité abrasive de Ranaldo ou de Thurston Moore que par l'originalité de Fred Frith ou le minimalisme de Lorren Connors. Univers large mesuré en parsecs.

JMM parle de sa vision de l'impro, de celle de Derek Bailey, de sa facon d'approcher la musique, de la voir comme un tout, d'abord s'organiser puis échanger, esprit DIY, on est bien tous dans le même bateau depuis bien longtemps. Car Derek BAILEY était comme çà, plus que modeste, sachant effacer son ego au profit de la musique, lui originaire des quartiers populo sans argent, trimbalé dans les orchestres dans les années 50 avec l'oncle puis musicien avec GAVIN BRYARS et TONY OXLEY dans JOSEPH HOLBROOKE. JMM poursuit par un portrait de Derek Bailey et critique (analyse...) certains des disques qu'il juge important dans le sens de la multiplicité des approches et l'ouverture d'esprit qui caractérise le guitariste (d'ARCANA aux RUINS en passant par ses premiers solos sur Incus). Je me suis du coup retapé un sacré paquet de disques du pépère, et j'aurais mis en plus (si je peux me permettre) ce split tout juste réédité sur Honest Jon avec Jamie MUIR (KING CRIMSON) que je trouve particulièrement époustouflant (génie du moment et de l'humour). Un fourmillement d'infos donc sur Incus le label monté par le fameux Tony OXLEY dont DEREK BAILEY et EVAN PARKER seront les étendards,

JMM chronique, parle de son instrument à travers les disques de BAILEY, c'est peut être aussi çà qui accroche, JMM est guitariste de passion qui a encore le feu en lui; il sait transmettre de part son expérience son amour de l'improvisation libre aux travers des doigts de Derek Bailey. Car au final, ne nous le cachons pas, c'est bien d'impro dont on parlera ici et d'approche de la musique à travers le prisme de ce personnage attachant qu'était Derek Bailey.

Le bougre m'a donné envie de lire le livre de Derek Bailey sur l'improvisation (traduit en francais par Matthieu Saladin). Merci à lui.)
 
"ne jamais laisser diluer sa pratique", la phrase qui restera...