CHEVREUIL est un duo de Math Rock composé de Julien F. à la batterie et de Tony C. à la guitare / machines. Ces deux là se sont trouvés en 1998 aux beaux-arts de Nantes.
Les 90ies, la grande époque des concepts où chaque étudiant devait réussir à vendre et packager son art.
On est fait de notre temps, notre temps nous fait... Aujourd'hui, nouveau projet, nouveau concept, c'est la théorie de l'harmonie des Sphères qui nous est ici conceptualisée ! Cette théorie décrivait le mouvement des planètes comme ayant un rapport numériques harmonieux comparables à des intervalles musicaux. Je ne dis pas cela au hasard, j'ai traduit le livret interne du disque écrit en latin (que j'ai retranscrit ci-dessous.) Merci les IA.
Tout un concept et pour le coup, toute une poésie !
'Stadium' est le cinquième album du duo, le joli livret est parsemé d'images de satellites et de planètes en noir et blanc, le packaging, en version deluxe, est typique des disques du label.
Julien oscille entre New York et Pescara en Italie, Tony, aux dernières nouvelles, vivait sur Saint-Nazaire mais mes dernières nouvelles datent d'une éternité. Bref, tout cela pour dire que CHEVREUIL est un duo plutôt éloigné physiquement. Ils ne se voient pas tous les quatre matins, mais quand vient le cinquième matin, en janvier 2025 la dernière fois, les deux comètes sortent de leur nuage d'Oort. Et au lieu de rééditer leur tout premier disque 'sport' sur le label de Julien (Computer Students) comme cela devait être fait (dixit la bio) (1), les deux comparses ont passé leur semaine de retrouvailles à jouer ensemble et à enregistrer.
Ce qui montre qu'on peut être connecté même éloignés...
Leur disque est comme d'habitude très conceptuel. En live comme en enregistrement, c'est quadriphonie, 4 amplis les entourent, Tony cherche et bidouille des trucs, Julien frappe lourdement ses toms. La batterie de Todd TRAINER / SHELLAC en a marqué plus d'un.
Après le lion ALBINI, c'est nos CHEVREUIL qui s'occupent du son, ils reprennent les manettes, 'le jour ils enregistraient, le soir ils cuisinaient...". On dirait l'ancien testament, mais non, c'est juste la vie, c'est parfois simple la vie.
Effectivement, le son de 'stadium' est peut être plus petit mais il a le mérite de remettre les choses à plat. Pas de grosse machinerie, c'est même plus accessible à mon sens, plus proche de moi en tout cas. Certes certains sons de synthés sont presque désuets mais il y a des textures (par exemple) sur 'corpus' qui me vont bien. J'y entends des balades mélancoliques à la manière des MEN'S RECOVERY PROJECT.
J'aime cette batterie lourde et frappée pendant presqu'une heure, ces doigts sur le clavier/guitare, ces mélodies simples, ces crissement subtils, ces nappes glauques. CHEVREUIL se chauffe les muscles, l'auditeur se muscle les tympans.
Oui je préfère le côté bien froid de ce disque à la frappe sèche et boisée du son d'ALBINI, Pour ce coup là en tout cas ! La réverb' et ce plafond bien haut y font aussi beaucoup...
Ce nouveau disque de CHEVREUIL, vingt ans après leur précédent et à la première écoute très marqué du sceau des BATTLES, se présente presqu'en bilan de parcours. Un regard en arrière. Un trait tiré pour calculer la somme sur la note de la vie.
Et je terminerai cette chronique avec une équation ou plutôt un questionnement quasiment inextricable qui m’empêche de dormir depuis trois nuits : de quoi avons nous besoin finalement ? D'un gros son ou d'une bonne bouffe ?
(1) Computer Student a déjà réédité de nombreuses gloires d'un autre temps et c'est loin d'être fini (CHEVAL DE FRISE, OXES, BIG N, etc...)
Comme promis, voici une traduction du livret écrit en latin :
L’harmonie des sphères naît des mouvements des corps célestes. Bien qu’inaudible aux oreilles humaines, elle est néanmoins perçue par la raison et l’esprit. Le cours des planètes, selon les proportions des nombres et les intervalles consonants, est ordonné comme un concert divin. Cette musique n’est pas le produit d’instruments, mais celui des lois mêmes de la nature.
La géométrie, unique et éternelle, resplendit dans l’esprit divin ; la part dont les hommes jouissent en est une, et c’est pourquoi l’homme est à l’image de Dieu.
