« O » « Numero 0 » Antenna Records - 2005

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Avec un nom à ce point minimal - « O » -, à quoi s’attendre ? À un minimalisme façon Steve Reich & co, à un minimalisme à la Mille Plateaux ? Eh bien non. La musique de ce duo français est certes minimaliste, mais plutôt comme le sont les musiques primitives. Le graphisme tient à mon avis une place importante dans l’univers de « O » : sur la pochette, une sorte de germe végétal dessine le nom du groupe, un germe que l’on retrouve à toutes les pages, discret. Le livret nous réserve aussi un texte – un poème. À la manière d’André du Bouchet, jouant sur la disposition spatiale des vers, et semblant faire écho au fond, le fameux germe arrivé à maturité. Tout en images impossibles, d’une étrangeté surréaliste. Allez, j’avoue, sans cette pochette je n’aurais sans doute pas dépassé l’écoute « numéro 0 »... Parce que lors de cette première écoute, j’ai plutôt eu l’impression de m’être faite avoir. Beaucoup de nappes distordues a priori aléatoires, des guitares mal accordées, et mal jouées. Des morceaux sans structure. De la fumisterie à laquelle un label aurait donné son aval. Après plusieurs écoutes, mon sentiment s’est inversé : tout est devenu clair, structuré. En fait, les deux premiers morceaux sont certainement les plus difficiles d’accès. « …Dying and Spanish circle » cache sous ses épaisseurs saturées de jolis soli hispanisants, et qui me semblent témoigner (de façon quasi subliminale) de la maitrise musicale dont fait paradoxalement preuve Numero 0. Le morceau suivant évolue toujours dans un registre assez sombre, presque dramatique. Lui succède « De La Mancha », morceau sans distorsion, mais grinçant, aux rythmes claudiquants (créé par des guitares désaccordées, mais aussi par des bruits d’objets semblant tomber !), drôle, et qui fait surgir le spectre de Don Quichotte (de la Mancha ?) sur son mulet. Pour le reste, il y a des moments d’accalmie, notamment à travers une trilogie mélancolique (le thème de chacune de ces trois pièces ne varie que d’une note, créant une progression vers nulle part) dispersée à travers l’album. Les expériences sont nombreuses au cours de l’album : crescendos de bruits, flûtes distordues, descentes de harpe : impossible de tout disséquer. Mention spéciale au morceau de fermeture et son thème obsédand. Jouant presque sur le même terrain que certaines musiques électroniques, mais radicalement opposé dans la manière « Numéro 0 » est très organique, mais aussi très acoustique, dans tous les sens du terme. Chaque titre nous fait changer d’univers spatial. Et pourtant on ressort de ce disque avec un sentiment de cohérence. De quoi le rapprocher ? De rien ni personne. C’est un disque à part, Ô ( !…) combien exotique. Un essai enfantino-expérimental qui vaut la peine d’y jeter quelques oreilles, pourquoi pas les vôtres... http://www.antennarecords.com



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