ALUK TODOLO Descension Public Guilt 2008

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En mal du Rage de leur 20 ans (ouais, c’est pas forcément la meilleure référence, mais passons – mon entrée en matière ne marcherait pas si j’avais dit Metal Hammer ou Top 50 magazine), beaucoup de trentenaires à la mèche molle et à la bedaine naissante se sont tournés vers Versus et maintenant Noise Mag. Et c’est vrai qu’on peut s’estimer heureux qu’il y ait enfin un magazine où l’on puisse lire le mot « no wave »… Passons, ce n’est pas là non plus que je veux en venir. N’importe quel chroniqueur sait que pour que ses chroniques aient un tant soi peu de légitimité, il lui faut de temps à autres trouver sa tête de turc – sacrifice nécessaire sur l’autel de la démagogie. Et si ce chroniqueur assume un tant soit peu sa paresse, il n’hésitera pas à lâcher l’avis le plus péremptoire sur un groupe qu’il n’a pas écouté une fois. On peut tout à fait, et de la même façon, parler d’un livre qu’on n’a pas lu (cf. Pierre Bayard). Jeu amusant, et qui peut être prétexte à des paris entre potes. « Tiens, t’as vu ce skeud ? Rien qu’à la pochette je peux en parler comme si je l’avais écouté ». Remarquons au passage que les groupes, sans doute par défiance envers des « journalistes » qu’ils estiment paresseux, envoient souvent un press book détaillé qu’il ne reste qu’à paraphraser… Evidemment, il s’agit de théories de paranoïaques… Tiens, ce genre de théories qu’on pourrait échafauder après avoir lu la chronique du premier album d’Aluk Todolo dans Noise Mag. Parce que c’est vrai… que retiendrait-on d’Aluk Todolo sans l’avoir écouté ? Tiens, en se contentant d’avoir lu la première interview que nous tend Google, ou consulté la page Myspace du groupe depuis un PC dont la carte son est grillée ? Ben en fait, on aurait déjà un avis plus éclairé que l’article cité plus haut… Eh oui ! Pour faire d’Aluk Todolo un groupe vaguement indus old school teinté de « raw black » à la Leviathan – longs cheveux (visibles sur les photos lives) obligent –, il faudrait encore pousser la paresse d’un cran. Ah, ah !... c’est vrai que le black est une des récentes grandes découvertes de la hype. Descend-on plus bas dans la chronique, elle se fait plus précise, évoquant (nonchalamment) les rythmiques hypnotiques et les divers bruitages (faits par une guitare, il eût fallu le noter)… Le point d’orgue reste la comparaison avec The Residents… Si je jouais à ce jeu-là, je pourrais dire que vraiment, mais alors vraiment, Isis… non, rien. C’est absurde. Et je déteste Isis Pourquoi réduire Descension au premier titre ? C’est une étrangeté plutôt dommageable. Pas seulement parce qu’à mon goût ce n’est pas le meilleur (je préfère de loin le deuxième et le quatrième), mais surtout parce que les morceaux de cet album ne peuvent pas s’appréhender séparément – ils s’intègrent dans un ensemble construit, une progression. Et que dans cet ensemble, le premier morceau joue de toute évidence un rôle d’intro. Le mix va contre toute forme de linéarité, que ce soit dans la progression de l’album, ou à un niveau vertical (il y a une brutalité des timbres – brutalité au sens d’art brut). Et pourquoi réduire (réduire, toujours réduire…) les Aluk Todolo au black metal ? Parce que s’il s’agit de black metalleux, leur premier mérite est justement d’avoir su remiser cette influence, les clichés formels qu’on lui prête immanquablement. Si ici le son est crade, c’est le plus souvent du low-fi plutôt soft façon seventies, et le mix ne se fait (harsh) noise que par moments – aux moments appropriés, aux moments clé –, mais certainement pas black metal. Plutôt que soumise à la dictature du riff, la guitare est triturée à coups d’archet, de bootleneck, etc., filtrée, pour en tirer des effets plus ou moins aléatoires – là encore, une démarche qui n’a rien de black metal. Quant à l’indus, je ne vois pas non plus… Il me semble que c’est à base de machines, non ? Mais il ne me semble pas que distordre un mix de batterie suffise à faire de l’indus… Peut-être parce que la batterie est simple, minimaliste, cyclique… mais dans le même temps vivante, captivante, sacrément hypnotique ! Ne reste à la basse (une basse au son seventies à souhait) qu’à apporter une trame mélodique simple, répétitive – qui ne trahisse pas la batterie. Parce que tout ici est au service d’une aura délibérément fascinante. Pour faire court, disons qu’on se trouve en face d’un rock répétitif et expérimental, et dans une ambiance onctueusement mystérieuse Pour en revenir aux influences, on pourrait évidemment rapprocher certaines parties guitares d’Acid Mother Temple, d’autres de Keiji Haino… Ou prendre un morceau comme « Mother Sky » des allemands de Can, le débarrasser des voix, lui rajouter quelques arrangements concrets ou noise, une ambiance plus sombre. Ou prendre les passages les plus hypnotiques de Theusz Hamtaahk de Magma. Ou les ambiances de Faust, lequel avait déjà inventé le bruit dans le rock il y a quarante ans. La grande différence, ce qui rend Aluk Todolo si actuel, c’est qu’il décape le Krautrock de son épaisseur de kitsch psyché. Je me suis égaré, mais je le sais, le lecteur de chronique est aussi pressé que le journaliste de magazine. Et parce qu’il court souvent à la conclusion pour se faire un avis, je ne dirai que ceci : Aluk Todolo n’est pas loin du coup de génie – celui qui tient à un détail –, et quand un disque reçoit l’aval d’un label comme Public Guilt, on peut y aller les yeux fermés ! http://www.aluktodolo.tk http://www.publicguilt.com



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